.Iskander leur dit : « L'homme est un oiseau sans ailes, et un oiseau est un homme sans chagrin. »


C'est par cette phrase que l'on comprend le titre de ce superbe roman de Louis de Bernières, un de ceux que l'on ne lâche pas facilement et qu'il plaira de lire à tous ceux qui se demandent bien comment vivaient chrétiens et musulmans en Anatolie, il y a bien longtemps, avant les échanges de populations et autres grandes misères...du début du siècle.

 

...[ Yussuf était un pratiquant pur et dur. Originaire de Konya, il n'était pas comme les musulmans de cette ville bâtarde qui semblaient n'être ni tout l'un ni tout l'autre, qui se convertissaient en se mariant, buvaient du vin avec les chrétiens , ouvertement ou en cachette, sollicitaient dans leurs prières les faveurs de Marie la mère de Jésus, ne demandaient pas qu'elle était cette viande blanche lorsqu'ils partageait un raps, et se faisaient enterrer avec une croix d'argent enveloppée d'un fragment de Coran dans les mains, rien que parce que c'était sage de parier sur les deux chameaux dans la course au salut ; ]

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La lecture de ce roman est poignante, lorsque l'on a de surcroit rencontré plus d'une famille grecque ayant laissé ici ses souvenirs, la nostalgie de ces temps bénis où tous vivaient ensemble, il nous habite jusqu'à la dernière ligne et longtemps encore...

J'ai revu en le lisant, tous les visages de tous ceux que j'ai rencontrés en Grèce où en Turquie et m'ont dit avoir un jour vécu en Turquie, y avoir des ancêtres, tout ceux qui m'ont dit «  ma grand-mère était née à Constantinople ». J'ai dans le cœur leurs visages et sourires, leurs larmes retenues parfois, leur nostalgie.J'ai aussi mieux compris les yeux embués de ceux qui m'ont conté les histoires de leurs famille et d'amis éloignés.

 

 

L'histoire se passe à Ekibatche, près de Fethiye, le nom de ce village est fictif, mais l'auteur, anglais a expliqué que c'était Kayakoy qui l'avait inspiré . Il s'est rendu en 2011 pour dédicacer son  livre paru en turc également sous le titre  ‘Kanatsız Kuşlar".

Kayakoy, village fantôme a aujourd'hui quelques restaurants et buvettes ...on imagine assez facilement Philoteli, Ibrahim et tous les personnages du roman y vivre.

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Ceux qui sont restés ici se sont souvent demandé pourquoi Ibrahim était devenu fou. Je suis le seul à le savoir, mais j'ai toujours été tenu au silence parce qu'il m'a supplié de respecter son chagrin, ou, comme il a dit aussi, d'avoir pitié de sa culpabilité... A présent, il me semble que nul ne serait trahi si la vérité était enfin connue. Il y a eu chez nous tant de sang répandu que ce ne peut pas être très grave si je finis par raconter le malheur qui a frappé Philotéi, douce, chrétienne, futile et belle... A Eskibahtché, paisible village d'Anatolie, où Grecs et Turcs, chrétiens et musulmans, vivent en paix depuis des siècles, est née en 1900 la ravissante Philotéi - personne n'avait jamais vu une aussi jolie petite fille. Elle y grandit aimée de tous et surtout d'Ibrahim, le petit berger. Mais, loin de ce coin perdu, les grandes puissances européennes s'affrontent et se déchirent, tandis que Mustafa Kemal, devenu Atatürk, entreprend de construire un Etat national turc. Les uns après les autres, les habitants d'Eskibahtché vont être jetés dans des conflits qu'ils ne comprennent pas. Comment devenir l'ennemi de son voisin, de son frère ? Que peuvent l'amour, la tendresse, la vie d'une petite communauté contre la violence et la folie des hommes ? - Présentation de l'éditeur – 

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