La fleur inconnue et la voix du coeur, conte turc.

Il était une fois, il n’était pas une fois, alors que le tamis était dans le champ de blé, dans un pays lointain, vivait un Sultan et ses trois filles.

Un jour le Sultan décida de traverser les eaux et de partir pour un long voyage à l’autre bout de la mer. Avant de partir il demanda à chacune de ses filles ce qu’elles voulaient qu’il lui rapporte.

La grande demanda des perles, des diamants des bagues et des boucles d’oreilles ornées de pierres précieuses.

La seconde demanda de riches étoffes et vêtements, robes de soie et manteaux de taffetas.

La dernière répondit :

« Cher papa, apporte-moi une fleur inconnue, une fleur que personne n’a encore jamais vue. »

Le Sultan partit et après un long voyage arriva sur le rivage de merveilleux pays, il y séjourna et y trouva mille trésors, mille choses à voir, mille choses à faire. Il y trouva mille pierres précieuses et mille étoffes brodées de richesse mais ne trouva pas une seule fleur inconnue. Il dut se résigner à reprendre le bateau après de longs mois de recherche sans avoir trouvé la fleur que lui réclamait sa cadette.

Sur le chemin du retour, il aperçut une île au loin et se dirigea immédiatement vers celle-ci. L’île, telle les jardins d’Eden, était recouverte de plantes somptueuses et de fleurs merveilleuses et en son milieu, abritait un château.

Le sultan y entra et se retrouva dans une pièce aux murs couverts d’or et aux lustres de diamants.

Une voix l’invita : « Hoşgeldin ! »* (Bienvenue) et le convia à un festin de roi…ou de Sultan.

Le sultan s’attabla et se restaura ne sachant où donner de la tête et de la fourchette tant la table était ornées de mets les plus divers et succulents. Il émit à voix haute le souhait de rencontrer son hôte, mais la voix lui répondit qu’elle ne se montrerait pas mais qu’en revanche, en partant il pourrait emporter ce qu’il désirait. Le Sultan répondit qu’il ne manquait de rien mais qu’en partant la dernière de ses filles lui avait demandé une fleur inconnue et qu’il était fort dépité de ne l’avoir point trouvé.

La voix dit alors :

Tu trouveras cette fleur dans la cour derrière la dernière tour du Château , sous les fenêtres de la chambre d’Or, tu pourras la prendre ,mais dès que ta filel l’aura touchée, elle devra se rendre ici dans cette chambre au plus vite , sinon elle mourra.

La fleur inconnue et la voix du coeur, conte turc.

Le Sultan prit la fleur, remercia la voix et rentra dans son pays. Ses filles l’accueillir avec des cris de joies et des danses de liesse et reçurent leurs présent avec un plaisir immense, mais leur joie se ternit lorsqu’elles virent que le Sultan restait pensif et songeur.

Elles questionnèrent leur père sur les raisons de sa triste mine et celui-ci leur raconta son aventure sur l’île et ce qu’avait dit la voix.

A ces mots, la cadette, répondit qu’il fallait honorer ses promesses et demanda à son père de la conduire sur l’île ajoutant qu’elle n’avait pas peur du tout.

Le père déposa sa fille a l’entrée du château et repartis en laissant sa fille à qui la voix venait de dire :

« Hoşgeldin ! ,Que tu es belle ! Jamais l’ile n’a porté plus belle fille que toi, tu es la plus belle de toutes les hôtes du château qui pourtant existe depuis la nuit des temps. Soit la bienvenue ordonne et tu auras. »

Aussitôt des serviteurs invisibles se mirent au service de cette belle princesse. Les jours passèrent ainsi, la princesse était comblée de tout mais sa solitude lui pesait et le terrible mal du pays la prit et la rendirent mélancolique et elle commença à se ternir peu à peu tout en pleurant en silence dans son lit.

La voix entendit ces sanglots et un soir lui demanda ce qu’elle avait, ce qui lui manquait. La Princesse lui répondit que sa famille et son pays lui manquait et la voix dit alors :

  • Va donc. Mais si tu ne reviens pas au plus tard au matin du sixième jour je mourrai, sache-le.

La princesse de retour au pays, embrassa son père et ses sœurs avec cœur tout en leur offrant de merveilleuses pierres, étoffes, épices et parfums que la voix lui avait donnés.

Les deux autres sœurs furent jalouses de sa richesse et au soir du cinquième jour, elles décidèrent – par pure jalousie et méchanceté - de lui jouer un tour afin qu’au matin du sixième jour elle ne puisse retourner sur l’île. Elles fermèrent si bien les rideaux et bloquèrent tous les endroits où pourrait passer la lumière, changèrent l’heure de l’horloge de la chambre de la princesse afin que celle-ci ne puisse se lever à l’aube.

Lorsqu’elle se réveilla le soleil pointait bien haut, elle demanda en pleurant à son père de la conduire sur l’île. Lorsqu’ils arrivèrent il faisait presque soir et elle ne trouva personne dans le château. Elle court derrière la tour sous la chambre d’or et vit au pied d’un arbre, un monstre agonisant tenant contre son cœur une fleur inconnue. Elle se précipita sur lui en pleurant et le supplia de ne pas mourir car elle avait compris qu’il était « la Voix ».

Lorsque ses larmes coulèrent sur le visage du monstre et sur la fleur près de son cœur, le monstre se transforma en un élégant jeune homme vêtu de saphir et portant au turban une magnifique plume de paon souvenir de son ancienne vanité.

Une sorcière, pour le punir de sa grande vanité l’avait en effet envoûté et condamné afin de lui faire comprendre que

« La beauté n’est pas extérieure

Et doit venir de l’intérieur

Du plus profond du cœur

qui parle de sa voix.

Les apparences sont souvent trompeuses

Mais le profond reconnait le profond. »

et seul les larmes sincères d’un cœur amoureux pourrait briser ce sort.

Ils se marièrent et vécurent heureux le reste de leur vie.

( Conte récolté par Muhsine Helimoğlu Yavuz à Edirne auprès de Zehra Zafer, femme au foyer âgée aujourd’hui de 82 ans, traduction et adaptation : Sabine Buchmann )

Hoşgeldin : « sois le bienvenu » , prononcer Hochegèldine

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