Emanuelle Selimoglu, interprète en peinture de poésie.

Artiste peintre résidant à Istanbul, diplômée des beaux-arts de Paris, Emmanuelle Selimoglu est une femme de rencontres.

Toujours à l'écoute de l'autre, elle est de ces « artistes empathiques » qui se lient , qui s'imprègnent des sentiments de ceux qu'elle aiment, qui "y entrent" et les retransmettent ...de tout cœur.

Ces dernières œuvres sont des poèmes, les poèmes de l'écrivain et poétesse turque Zerrin Koç , mis sur toile et récités ce soir ( en turc) par Jade Yesim.

Si les stanbouliotes auront ce soir pour l'exposition « Que vous a-t-on fait ? », l'occasion de voir ses œuvres et de lire ou entendre les poèmes … un autre partage de ses couleurs pour vous aujourd'hui.

Emanuelle Selimoglu, interprète en peinture de poésie.

L’AMOUR A LA GUEULE DE BOIS SUR LA TABLE DU PETIT-DEJEUNER

C’était un amour dont tout était en trop

Trop d’émotion trop de fautes

Ayant pris la route sans préparatifs

Il s’était laissé cerner au premier glissement de terrain

Les alentours s’étaient méchamment assombris

Le temps s’était méchamment troublé

On avait compté sans cette fumée brune

On avait compté sans cette noire séparation

Désormais rien ne serait plus comme avant

L’amour avait abandonné cette maison

Le chagrin était un brigand arrogant

Il rôdait dans les chambres

J’en étais témoin / L’homme aussi le savait

La femme ouvrit le placard / Je vis cela de mes yeux

Une veste se balançait sur un cintre

Des miettes de tabac dans la poche

Est-ce la fraîcheur de la doublure qui la fit frissonner

Tout de suite après avoir ouvert elle referma

Enferma la nuit dans la chambre / La chambre dans le matin

S’enferma elle-même dans l’amour

C’était peut-être mieux ainsi

Voilà la vérité après un vide au vitriol

Je n’aurais pu savoir

Il se passait bien des choses étranges mais

Je ne pouvais que subodorer

Je frappais les fenêtres dans des efforts désespérés

Je ne pouvais savoir que rien ne serait plus jamais comme avant

Je n’aurais pu deviner

Qu’une nuit d’ivresse allait me couper la route

Quand des dizaines de portes me furent claquées au nez

Je me demandais à quoi cela allait me mener

Je restai en suspend comme un fil blanc dans le cadre de la porte

J’attrapai sa chevelure comme elle était dans la cuisine

Elle ne me voyait pas

Complètement absorbée elle mettait la table

Alors que toute chose semblait l’observer dans les miroirs

L’eau du thé bouillait sur le feu

La buée en enduisait les vitres

Sur la table rien ne se laissait contenir par son plat

Tout avait les larmes aux yeux et comme la gueule de bois

Les bougies avaient la gueule de bois / Les rideaux la gueule de bois

A la radio une chanson qui vous prenait aux tripes

Se promenait sur un air millésimé

Les environs étaient calmes / le ciel dégagé

La porte du jardin grand ouverte

Les yeux de la femme étaient gonflés / Tout ce qui avait trait à la nuit

Le vent l’avait emporté en partant

Moi je savais le Poivrier savait

Les roses aux mille pétales mouillés de rosée savaient

Sur les brins d’herbe tristes comme des troncs d’eucalyptus

Une énorme araignée aux pattes velues s’éloignait comme un crime

Tout semblait un peu comme sur le point de fondre en larmes

Comme si tout devait finir par être mouillé

L’eau gouttait du bec de la théière

Comme si tant de chagrin tant d’humidité était inévitable

Comme si ce mal de tête qui restait de la veille était inévitable

La vie semblait se traîner à ses pieds

Tant elle paraissait longue

Les nuages s’amoncelaient dans ses yeux

Mon travail aussi était difficile

Difficile d’être la lumière du jour dans les maisons en proie à l’affliction

Les assiettes glissaient d’entre ses mains

Un énorme fracas éclatait / Je l’entendais

Les étoiles tombaient de ce ciel de campagne

A chaque pas la femme trébuchait

A cet instant précis la sonnerie du téléphone

Il ne manquait plus que ça

Retentit comme un orage éclatant sans prévenir

Soudain l’espoir fut sur pied / Même moi je frissonnai

Les nuages même frissonnèrent

Une ligne serpentine me traversait la poitrine

Il ne me fallut qu’un instant pour me mettre à délirer

C’était un faux-numéro / Il demandait des nouvelles d’un autre amour / Sans savoir qu’il dépassait les bornes

Dans un moment d’égarement, je compris quand elle demanda le plus naturellement du monde

- « Aimez-vous la confiture de bergamote ? »

Le téléphone fut raccroché dans un claquement sec / Mon frissonnement empira

Des miettes de pain tombaient de ses yeux

Je diminuais en la regardant / Je ne pus en supporter davantage

Je recueillis dans sa chevelure mes rais désordonnés

Et m’étendis vers une rose blanche…

Poème de Zerrin Koç, Traduction en français, Sylvain Cavaillès

Emanuelle Selimoglu, interprète en peinture de poésie.
Emanuelle Selimoglu, interprète en peinture de poésie.
Emanuelle Selimoglu, interprète en peinture de poésie.
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