Août 2011. Après l'entrevue de la crèche-télé, c'est la débâcle. Nous rentrons complétement dépités de notre visite, ne connaissant que trop bien les alternatives hors-de-prix du quartier voisin... Submergée de mon côté par de sombres pensées (''Tous les efforts mis en œuvre jusqu'ici n'auront servi à rien, ils seront ruinés en une semaine de fréquentation de cette crèche...”), je laisse les rênes au Papa qui se met derechef à la recherche de la perle rare. De Google Maps en ratissage de forums, il localise un établissement qui nécessiterait seulement un détour sur le chemin du travail. On s'y rend l'après-midi même et jackpot, on en ressort franchement inspirés ! Tant et si bien que l'affaire est immédiatement conclue, l'intégration du fiston se fera quelques jours après : pas de dossier d'inscription à rallonge, pas de liste d'attente dans cette crèche ouverte toute l'année, été compris. Nous hésitions à passer à la collectivité à la mi-août, et à la fin de ce même mois, Alix fait sa rentrée.

Premier mois ponctué de “Pleur-Peur-Malheur” sur le chemin de l'école (Alix n'a pas encore 2 ans, gros pincement au cœur) mais on n'a pas lâché l'affaire et le temps a fait son œuvre : rapidement, les premiers mots turcs ont égrené ses longs discours et certains réflexes ont été vite pris : de retour de la crèche, si l'un des parents lit le carnet de correspondance et fronce les sourcils, il se précipite pour chercher et apporter un dictionnaire turc-français !

Son petit réseau d'amis se construit, mais les débuts ont dû être assez épiques et les incompréhensions nombreuses, à commencer carrément par les prénoms de ses camarades !

Ainsi, un soir, on s'enquiert du déroulement de la journée et on rappelle à Alix les prénoms des camarades de son groupe d'âge :

  • Alors, tu aimes bien Rosa ? [...]

  • Et Begüm ?

  • Oui, matates, matates ! [en turc: “domates” = tomates, et Alix adore les tomates]

  • Euh, c'est une petite fille, tu aimes bien Begüm ?

  • Raisin ! [Alix adore le raisin]

Deux ans après, c'est pas encore tout a fait gagné et la langue dérape souvent, passant du prénom turc (relativement courant ) à “Légume”... Il n'est certainement pas le seul Français à avoir fait le rapprochement phonétique, mais lui le claironne haut et fort en toute impunité !

* En turc, crèche se dit “yuva” (prononcer “youva”), c'est-à-dire “nid”.

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